Octobre, longtemps après

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Depuis un certain temps, tu as mal au bide dès que tu t’envoles. Une parano à grands renforts de vidéos, infos, intox.

Portiques de sécurité, contrôles aléatoires, tests de poudre. Tirée au sort à chaque fois, tu es devenue un aimant à uniforme. Pas une question de charme, juste de sort.

Ceinture bouclée, mômes dispersés pour pérenniser le surcoût du rapprochement familial lors d’un prochain vol, tu prends enfin ton bouquin.

Il est encore tout chaud de la veille. Bercée par la voix de l’auteur lors d’une rencontre-librairie autour de cet « objet littéraire ». Tu les rêvais de cuir brodé, les bottes de cet homme, lors de son Santiags tour. De ces fils de couleurs qui rappellent la vie.

Elles étaient noires. Cela ne t’a pas empêché d’entendre, puis d’écouter.

Le bouquin a pris place dans ton bagage à main. Maintenant, il est là, sur tes genoux et pendant que le stewart au sourire coincé pousse son petit chariot, que l’hôtesse de l’air te demande si tu « need anything », tu ne sais pas comment ouvrir la 1ère page.

C’est du vécu, du vraiment moche. Le relent des larmes que tu as versées il y a presque 2 ans, pour eux, pour lui que tu ne connaissais pas. Allez lance toi !

Ton ventre percute le plancher. Il remonte encore plus vite. Tu n’arrives pas à reprendre ton souffle.

Ce n’est pas un trou d’air.

Suspendue à 30 000 pieds, c’est l’angoisse qui alimente tes muscles, c’est la terreur qui déroule son tapis rouge, tufté à  l’enfermement.

Une heure trente plus tard, la sortie du train d’atterrissage bouscule ton cappuccino rituel. Tu ne te rappelles même quel goût il a.

Tu viens de sortir du Bataclan.

Enfin, Erwan, est sorti du Bataclan et ton ventre rejoint doucement ses origines. Longtemps, il est resté accroché à tes lèvres, prêtes à vomir des larmes adrénalines.

Tu retrouves l’asphalte mais pas ton équilibre.

Les autres pages seront lues en deux aurores volées aux vacances familiales. L’humour et la pudeur, petits graviers qui empêchent la roue de la haine de tourner dans le sens des médias et des extrêmes, sont aussi tes compagnons de voyage.

L’amour est désormais le plus fort, loin des clichés.

Une impulsion maternelle, te fait glisser le bouquin dans la besace de ton gamin de pas encore 15 ans. « Ce serait bien que t’en parles autour de toi », tu te rappelles qu’ils ont un témoignage au programme de 2e.

« L’auteur, lui aussi sa came, c’est le Rock », tu cherches les mots qui suscitent son intérêt.

Tu as peur qu’il est peur : un tel sujet.

C’est pas juste un vécu qui s’est brisé sur ces pages. De ces phrases, est né un attrape-coeur auquel tu restes accrochée, entière. Crocheté et brodé des émotions de tous ceux qui ont accompagné Erwan. Les noeuds ne s’étouffent pas toujours au fond des gorges, ils resserrent aussi les liens.

C’est plus compliqué à vendre à ton boutonneux. Tu aimerais pourtant que ce livre, il le garde précieusement et qu’au détour d’un ennui adolescent, il feuillète quelques pages, qui habiles hameçons ne le laisseront pas s’échapper.

Tu avais pressenti que « cet objet littéraire » lui serait adressé, c’est son prénom sur la dédicace.

Le livre que je ne voulais pas écrire où la poésie du coeur d’un homme auteur, malmène les certitudes et dont le rire résonne fort dans notre nouvelle réalité.

Le livre que je ne voulais pas écrire

Erwan Larher

Quidam Editeur

Playlist : Radiohead encore et toujours

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4 réflexions sur “Octobre, longtemps après

  1. Tout est calme, il est tard, 2h et des broutilles,pas un bruit ou presque…ah oui la chaussée a été refaite de nuit, quatre nuits sans dormir….encore une fois, tu me bouleverses, on entre de plein pied dans ton ressenti…encore une fois tes mots expriment tout, encore une fois tu donnes l envie de découvrir, de lire, ce n est pas une analyse,c est un cri…

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