Des gens chez moi…

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attention spoiler

 

Depuis quelques jours, il y a eu pas mal de passage dans ma maison.

Des gens sont entrés par effraction.

Ce qui est dingue, c’est la lenteur avec laquelle ils s’y sont pris. Des petits pas, j’ai l’impression qu’eux et moi on a joué à 1,2,3 soleil.

Il y a eu beaucoup d’arrêts sur image dans leur prise de territoire. Et puis je dois l’avouer j’étais pas vraiment prête à recevoir, j’étais pas sure de ce qu’ils voulaient faire, entendre, voir. J’ai besoin de me rassurer en les rassurant et si je parle à contre courant, je prend le verre vide au creux de mes mains et n’étanche rien. Mais je suis bien élevée.

A la maison, il y avait toujours une assiette pleine à mettre sur la table pour celui qui poussait la porte à la dernière minute. Pas de possibilité de dire non sous peine de fâcher. Derrière les vitres de la véranda, espionne des mondes pas encore conquis, à l’affût des discussions à n’en plus finir, autour du café pas trop de fois réchauffé, la robe au-dessus du genou cagneux, je voyageais chez les autres.

J’ai été bercée par l’illusion que les gens aiment les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on leur sert à manger.

Aujourd’hui la porte de la maison grince, mais le vent pour seul visiteur ne se rassasie pas d’une omelette-ciboulette.

Alors quand Loretta a demandé asile, éthérée dans son incompréhension, j’ai pas pu dire non. Tu voulais que je fasse quoi.  Une carpe… comme elle. Avec cette putain de boule pas passagère, qui grossit, qui ferme ta gorge pour toujours sur les maux. Je voulais pas parler de son histoire, je voulais pas que ça me touche, je voulais pas que ça s’attrape… C’est con d’imaginer des virus désespoir. Tu sais d’avance qu’il n’y a aucun vaccin. Elle est restée vachement longtemps, Loretta, mais finalement elle prenait pas tant de place que ça, j’imagine qu’elle a été comme ça toute sa vie…

Duane, je le trouvais sympa, j’ai même eu mal au bide pour lui quand il m’a raconté son road-movie de sauvetage. Des fois t’as envie de cracher à la gueule de ceux qui se donnent du pouvoir et jubilent sous le poids de  la chaîne qui entrave leurs relations. Comme ces colliers en métal que les pauvres clébards supportent. Ces dents d’acier qui déchiquètent le peu de vie  que le bipède leur a octroyé, tout puissant sur ses deux jambes. Un môme c’est pareil, c’est fragile.

Alors que le mien justement, de môme,  faisait nuit blanche affolé par l’air qui voulait plus sortir de ses poumons,  si près de siffler tout son souffle… Faut être con pour avoir des cyprès dans son jardin quand on veut être incinérer. Enfin…en pleine nuit, Claire s’est réveillée. Sa nuit était pas meilleure que la nôtre et apparemment ça dure depuis un sacré bout de temps.

J’avoue que j’ai pas suivi Louise dans sa voiture. Je suis pas sur la même onde voyeuriste de mon propre malheur. T’imagines l’effet miroir et chez moi, ces objets là,  ils se font rares.

C’est à ce moment là que j’ai décidé de fermer à clef, je voulais pas poursuivre une relation à peine entamée qui me laissait déjà un peu ébréchée. Sauf que j’avais pas remarqué que ma porte était sortie de ses gonds.

Il a juste eu raison de moi, entre une timidité pas maladive et la chaleur d’un soleil hivernal. Là dans un patio, leur Créateur m’a parlé d’eux, ces visiteurs de plusieurs soirs, qu’on oublie pas au coin d’un isolement littéraire. Il souriait de ses épanchements encrés. Il a évoqué ses étapes, ce numéro 1 qui n’en est finalement pas un. Et puis on s’est retrouvé dans des univers parallèles, des mondes divers et très variés,  de quand j’étais plus jeune et que la Fantasy était ma bibliothèque et que Lui, libraire offrait aux visiteurs des heures de bonheur avec des pages à plein nez.

C’est con finalement une rencontre. Cela peut avoir un tel pouvoir sur le champs de nos possibles.Dans ma mythologie , elles ne sont jamais des coïncidences… ce sont des concordances, un passage obligé pour visionner à 360° les opportunités.

Quand on s’est quitté, j’avais décidé de laisser entrer Walter…

J’aime pas son costume à Walter, trop de perfection ambigüe. Me mettent mal à l’aise les gens qui se sentent tellement bien dans leurs mocassins que je cherche la tâche  sur le revers. La magie du truc c’est que tu sais bien que tu te fourres dans un truc pas terrible quand il passe devant toi, qu’il va immédiatement squatter le meilleur fauteuil du salon.  Il a du nez Walter. C’est pas la peine d’entamer la conversation, il est le seul et ça lui suffit, tu n’es qu’un petit morceau de gravier qu’il va vite retirer de dessous sa chaussure trop bien cirée. Il aime pas que ça grince pas dans son sens Walter. Et si tu sais pas te faire tout petit devant sa carrure, il s’en charge pour toi. En même temps, pas l’envie de philosopher, ni même de prendre un café. Il est manichéen. C’est lui ou rien.

Martin, je le trouve trop con. Trop  de pas comprendre que la vie c’est pas ça, de pas vouloir l’horizon autrement qu’en sautant. L’orgueil est le seul des 7 péchés capitaux qui me rend fumasse. Les certitudes devraient se consumer dans les feux de la Saint Jean et s’envoler en myriades d’étoiles. Et si tu poses ton doigt sur l’une d’elle, elle brûle tes chairs et continue inexorablement son chemin pour remonter jusqu’à ton coeur,  pour que tu te rappelles que rien n’est écrit, rien n’est ainsi.

Clément, trop fort qu’il arrive juste après Walter… il est et restera toujours dans son ombre. Pas comme un fantôme.  Lui aussi l’orgueil est son associé à long terme et ça lui pend au nez de se retrouver loin, loin derrière.

J’ai adoré le lemon loaf que Mary Beth et moi avons partagé, limite j’aurais pu nous servir un earl grey avec une tranche de citron bergamote, que nous aurions dégusté dans le jardin, elle aime tellement les fleurs. Une vielle copine que tu retrouves après qu’elle soit partie à l’autre bout du pays mais qui revient à la fraîche et qui n’a rien oublié de ce que nous étions. Bien sûr, je n’ai pas renchéri sur ses hématomes rouges sang, à hurler que ça s’arrête, ses cernes qui sillonnent son visage par manque de tendresse échangée. C’est une réserve naturelle chez moi… Je voulais qu’elle reprenne confiance. Y’a pas de mauvaises mères, y’a que des mauvaises circonstances.

J’ai toujours eu peur de partir en colo, trop accrochée à mon terroir familial. Il va falloir que je réfléchisse à deux fois, même plus d’ailleurs, maintenant,  si ma progéniture souhaite prendre un envol estival. Parce que Damien faut avouer qu’il m’a coupé l’appétit (heureusement il restait plus de lemon loaf). C’est dingue comme les ados prennent les trucs au premier degré.

Mary Beth s’est posée pour un café cette fois. Il fallait que ça soit fort, il fallait que j’encaisse que c’était son dernier passage sur le plateau de ce jeu de merde qu’est la vie, parfois. Sur le coup, j’ai pas pleuré, ça m’aurait saoulée de lâcher de la flotte pour noyer ma soudaine solitude et puis un petit dram, j’y ai pas pensé… Là maintenant, quand je repense à ce qu’elle m’a permis de partager…les larmes viennent.

J’ai envie de le serrer dans mes bras Benjamin, si fort que…les maux ils riment plus, je sais plus…

Alors quand Scott m’a raconté son hécatombe du coeur, j’ai revu la lumière. Bah ouais, il a claqué si fort dans sa cage thoracique, qu’il a failli avoir les cotes cassées, un palpitant près à exploser d’amour pour une chanteuse pas névrosée… Y’en a,  c’est des fractures nettes de l’oeil droit. Et puis de le voir en famille, en mode lovers partagé, ça m’a réconfortée.

Une porte de perception ouverte sur un monde qui désarçonne , moi qui voulais pas collaborer…

Les loups à leur porte, renifle nos failles, s’insinue dans chacun de nos souffles…. Vérifiez que vous n’avez pas perdu vos clefs !

Les loups à leur porte

Jérémy Fel

Editions Rivages

Playlist : Mogwai

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2 réflexions sur “Des gens chez moi…

  1. je viens de relire « Les loups à leur porte »… depuis que j’avais lu ton récit, je le gardais en tête, il fallait que j’y retourne. Comme pour la première fois, j’avais envie de prendre certains personnages dans mes bras, leur dire que çà allait s’arranger mais ce Daryl est comme l’araignée sur sa toile… dans tout ce que tu dis, j’y suis aussi, merci

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