Je ne partirai pas au Mexique cet hiver

 

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Chère (r) toi,

Cela fait un bail que je ne t’ai pas envoyé (e) de missive. Tu sais bien l’été et sa cohorte de…,  de rien.  Finalement ces deux mois  n’ont pas été remplis et je n’ai rien fait pour les rendre très sympathiques.

Je te passe les politesses d’usage sur les comment vas-tu. Toi comme moi savons que nos échanges ne sont pas rythmés par ces questionnements.

C’est décidé, j’annule mon voyage au Mexique. Amérique Latine, je ne viendrai pas fouler ton sol désespéré. Je sais,  trop d’emphase, trop de généralités.  De toute façon, je ne parle pas un mot d’espagnol. Entre caliente, cerveza, comer et mojito, je risque de finir dans un fossé comme les pages parcourues le laissent présager.

Je te parle de pages car tout vient d’une correspondance surprise.

Tu connais mon affection pour le courrier, cette intimité qui s’offre sous la caresse du papier, le plaisir de l’attente et la culpabilité du voyeur au creux des lignes.

Imagine qu’en mars dernier, au festival du Rouge au noir, j’ai claqué ma réserve annuelle en livres. Par snobisme peut-être, le fait d’avoir un mot personnel à l’encre libre des auteurs, par curiosité surtout pour ce style littéraire que l’on nomme noir, moi qui en porte si peu.

Toujours est-il que je suis repartie avec des petits mots griffonnés à l’arrache, des sourires et explications de texte (pour une fois que ce n’est pas sur un auteur mort à qui l’on attribue une version établie et reconnue de sa propre volonté alors que le mec n’a absolument rien dit à ce sujet.  Oui je sais, tu sens la petite pique spéciale cours de français en phase terminale…).

Un livre m’a accroché l’oeil. Il ne m’a pas fait mal, il était turquoise. Avec une quatrième de couverture qui s’enfuyait sur la première, quatre mains à ses côtés, deux personnes à part entière pour un roman épistolaire, mon coeur n’a pas balancé trop longtemps.

Enfin.

Je me perds et toi avec car tu ne sais toujours pas pourquoi j’ai décidé d’annuler mon voyage.

Si dans un premier temps j’ai eu le sentiment que les illusions me baladaient éveillée dans un monde parallèle,  où les auteurs disparus et inconnus offrent et volent à leur personnage des identités réelles. Je me suis rêvée rencontrer Mr Darcy, non pas en plein  Hertfordshire mais au rayon lait végétal de la Vie Claire.

J’avais presque envie de faire de la graphologie pour une étude psy à deux balles des deux protagonistes. Mais tout c’est accéléré quand le courrier électronique a eu raison de mes dernières forces. Je ne pouvais plus lutter, j’étais soumise aux attentes. Comme Abel qui souhaite ardemment une réponse de Jean-Paul qui se débat aux prises des technologies du Cyber moment.

Ces deux hommes ont su se rencontrer au gré des mots et m’ont embarquée dans leur découverte. Même si la fuite aurait pu paraître plus sage, je la sentais bien venir cette addiction.

L’un comme l’autre m’ont enlevée . Alors que je n’ai aucune affinité avec la partie Ibérique de notre continent (tu m’aurais vue il y a 7 ans dans la Rioja, crevant la dalle à midi, hurlant que je ne remettrai jamais plus les pieds dans un pays où manger ne se fait qu’à l’heure de la sieste ou lorsque je rejoins Morphée pour un cycle complet), j’ai suivi Abel dans quelques rues sans échanger un seul mot sur le foot (j’aime pas le foot).

C’est vrai que j’ai toujours rêvé du Chili mais pas de l’Espagne… Le monde onirique renvoie aux horreurs des hommes et si mes lectures précédentes m’ont menées en plein désert d’Atacama, je n’ai pas oublié que les roses ne sont pas les seules à évoquer le rouge sang.

Abel non plus.

Lorsqu’il a fallu laisser Jean-Paul seul, sur le vieux continent, dans un labyrinthe  psyché chronophage et atterrir en terre brûlée par la drogue, la prostitution, les meurtres et le Mezcal, j’avoue que j’ai commencé à freiner des quatre fers, c’était pas l’heure pour mon voyage et Ciudad Juarez pas mon point de chute.

Avec le recul,  la confiance est aisée face à un inconnu qui ne sait même pas où il va. J’ai suivi là aussi.

Je ne vais pas tout te raconter de ce dédale où croiser son reflet peut s’avérer déroutant, simplement mon voyage au Mexique je l’ai fait cet été à l’ombre d’un frêne.

Je n’irai donc pas, le virtuel était si bien réel…

Comme une idiote, j’ai omis de te donner le titre de ce livre et le résumé. Est-ce bien nécessaire tout comme  d’avoir lu Bolaño,  avant  de dévorer l’envol littéraire de 4 mains de 2 personnes, de 2 coeurs.

Le roman de Bolaño

Eric Bonnargent et Gilles Marchand

Editions du Sonneur

Playlist : Swing

 

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